La littérature
 


Au temps de l'Empire romain, il existe de grands écrivains. Depuis, plusieurs auteurs français de fables et de pièces de théâtre, se sont inspirés des textes latins.
 

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Phèdre et La Fontaine

Phèdre est un fabuliste latin du Ier siècle après Jésus Christ. Il est né à Thrace en 15 avant Jésus-Christ. Il arrive comme esclave à Rome mais se fait affranchir par Auguste. Ce citoyen romain enrichit la poésie latine d'un genre nouveau, grâce à des fables, inspirées de Esope (VI° siècle avant Jésus-Christ). Ses cent vingt-trois fables montrent les défauts de l'homme de manière humoristique. Cet homme meurt en 50 après Jésus-Christ.

Jean de La Fontaine est né à Château-Thierry en 1621. Etant le fils d'un "maître des eaux et des forêts", il surveille lui aussi la nature durant vingt ans. Jeune, il écrit des pièces, des contes et des fables, en s'inspirant de Phèdre. Malgré les critiques, il entre à l'Académie française en 1683. Après avoir écrit plus de cent cinquante fables, il meurt en 1695, à Paris.
 

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Lupus et agnus (Le loup et l'agneau)

Voici tout d'abord le texte de Phèdre, suivi de sa traduction en français :

 


Ad rivum eumdem lupus et agnus venerant
Siti compulsi ; superior stabat lupus
longeque inferior agnus. Tunc fauce improba
 latro incitatus jurgii causam intulit .
"Quare", inquit, "Turbulentam fecisti mihi
Aquam bibenti ?" Laniger contra timens :
"Qui possum, quaeso, facere quod quereris, lupe ?
A te decurrit ad me os haustus liquor."

Phèdre (v. 15 av. J.-C. - v. 45 ap. J.-C.)


Le loup et l'agneau étaient venus à une même rivière entraînés par la soif ; le loup se tenait au point le plus élevé du courant, et l'agneau se tenait beaucoup plus bas. Alors, poussé par son gosier insatiable, le brigand suscita un prétexte de querelle. "Pourquoi, dit-il, as-tu rendu l'eau trouble au moment où je buvais ?" L'animal porte-laine répondit en  tremblant : "Comment puis-je, je te le demande, faire ce dont tu te plains, ô loup ? L'eau descend de toi vers moi quand je bois."

Voici maintenant la fable de La Fontaine que nous connaissons mieux !

La raison du plus fort est toujours la meilleure :
nous l'allons montrer tout à l'heure.

Un agneau se désaltérait
Dans le courant d'une onde pure.
Un loup survient à jeun, qui cherchait aventure,
et que la faim en ces lieux attirait.
"Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.
- Sire, répond l'agneau, que Votre Majesté
Ne se mette pas en colère ;
Mais plutôt qu'Elle considère
Que je me vas désaltérant.
Dans le courant,
Plus de vingt pas au-dessous d'Elle ;
Et que, par conséquent, en aucune façon,
Je ne puis troubler sa boisson.
- Tu la troubles, reprit cette bête cruelle ;
Et je sais que de moi tu médis l'an passé.
- Comment l'aurais-je fait, si je n'étais pas né ?
reprit l'agneau ; je tette encore ma mère.
- Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.
- Je n'en n'ai point. - C'est donc quelqu'un des tiens ;
Car vous ne m'épargnez guère,
Vous, vos bergers et vos chiens.
On me l'a dit : il faut que je me venge."
Là-dessus, au fond des forêts
le loup l'emporte, et puis le mange,
Sans autre forme de procès.

La Fontaine (1621 - 1695)

 

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Vulpes et corvus (Le corbeau et le renard)

Voici une autre fable bien connue ; nous vous proposons d'abord la version de Phèdre et sa traduction, puis celle de La Fontaine.

 

Qui se laudari gaudet verbis subdolis fere dat poenas turpi paenitentia.
 Cum de fenestra corvus raptum caseum
 comesse vellet celsa residens arbore,
 vulpes ut vidit blande sic coepit loqui :
 "o qui tuarum, corve, pennarum est nitor !
 Quantum decorem corpore et vultu geris !
 Si vocem haberes, nulla prior ales foret.
" At ille stultus dum vult vocem ostendere,
 emisit ore caseum, quem celeriter
dolosa vulpes avidis rapuit dentibus.
 Tum demum ingemuit corvi deceptus stupor.
 Hac re probatur, quantum ingenium polleat ;
 virtute semper praevalet sapientia.

Phèdre (v. 15 av. J.-C. - v. 45 ap. J.-C.)

 

Celui qui aime les flatteries perfides en est généralement puni par le repentir et la confusion. Alors qu'un corbeau s'apprêtait à manger un fromage volé sur une fenêtre, un renard, quand il le vit, se mit à le flatter ainsi : " O corbeau, que ton plumage a d'éclat ! Que de beauté sur ton corps et ta figure ! Si  tu avais de la voix, aucun oiseau ne te serait supérieur." Le stupide animal, en voulant montrer sa voix, laissa de son bec tomber le fromage, que le renard rusé s'empressa de saisir de ses dents avides. Alors le déception du corbeau stupéfait s'exprima par des gémissements. Cette fable prouve combien l'intelligence est puissante ; la sagesse prévaut toujours sur la force.

 

Maître Corbeau, sur un arbre perché,
Tenait en son bec un fromage.
Maître Renard, par l'odeur alléché
Lui tint à peu près ce langage :
"Hé, bonjour, Monsieur du Corbeau.
Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois."
A ces mots le Corbeau ne se sent plus de joie :
Et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Le renard s'en saisit, et dit : "Mon bon Monsieur,
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l'écoute.
Cette leçon vaut bien un fromage sans doute."
Le Corbeau honteux et confus
Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.

La Fontaine (1621 - 1695)

 

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Plaute et Molière

 

Plaute est le plus populaire des comiques latins. Il est né vers 254 av. J.-C. en Ombrie et mort en 184 av. J.-C. Il met en scène des esclaves rusés, des matrones revêches, des pères grondeurs, des courtisanes, des jeunes gens amoureux, avec un style plein de vie.
Sa comédie L'Aulularia ("La Marmite") a inspiré la pièce de Molière intitulée "l'Avare".

Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, est né au début de l'année 1622. Il commence des études chez les Jésuites, au collège de Clermont, puis se lance dans le droit. Malgré l'insistance de son père, Molière entame une carrière dans le théâtre, au lieu de devenir tapissier, comme ses ancêtres.   


Scène de théâtre, Pompéi.

 

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L'Aulularia (La Comédie de la Marmite)

Cette pièce écrite en 200 av. J.-C., met en scène un vieillard, Euclion, qui a trouvé une marmite pleine d'or et qui craint durant toute la pièce de perdre son trésor. Dans l'extrait que nous vous proposons, le pauvre homme se montre très méfiant vis à vis de l'esclave Strobile qu'il accuse ici injustement et sans preuve. Ce dialogue a particulièrement inspiré Molière dans L'Avare ; il a réuni ces deux scènes en une seule, la scène 3 de l'acte I, où il met dans la même situation Harpagon et La Flèche. Nous pouvons noter une étrange ressemblance entre les deux textes !     

Voici un extrait de la comédie de Plaute, accompagné de sa traduction.
 

Acte I, scène 1
Euclion, Staphyla

EUCLION - Exi, inquam, age exi ! Exeundum hercle tibi hinc est foras,
Circumspectatrix cum oculis emissiciis !
STAPHYLA - Nam cur me miseram verberas ?
EUCLION - Ut misera sis ! (...)
STAPHYLA - Utinam me divi adaxint ad suspendium
Potius quidem quam hoc pacto apud te serviam !

EUCLION-  At ut scelesta sola secum murmurat !
Oculos hercle ego istos, improba, ecfodiam tibi. (...)

 

Acte I, scène 4
Euclion, Strobile

EUCLION - I foras, lumbrice, qui sub terra erepsisti modo,
Qui modo nusquam comparebas ; nunc cum compares peris.
Ego edepol te, praestrigiator, miseris jam accipiam modis.

STROBILE - Quae te mala crux agitat ? Quid tibi mecum est commerci, senex ? (...)
Non hercle equidem quicquam sumpsi nec tetigi.

EUCLION - Ostende huc manus.
STROBILE - Em, tibi, ostendi : eccas
EUCLION - Video. Age, ostend etiam tertiam.
STROBILE - Larvae hunc atque intemperiae insaniaeque agitant senem. (...)
EUCLION - Ne inter tunicas habeas.
STROBILE - Tempa qua lubet (...).

   Plaute (v. 254 - 184 av. J.-C.)

Acte I, scène 1
Euclion, Staphyla

EUCLION - Sors, te dis-je, allez, sors ! Il faudra bien que tu sortes, par Hercule, maudite espionne, avec tes yeux sans cesse à l'affût !
STAPHYLA - Hé, pourquoi me bats-tu, malheureuse que je suis ?
EUCLION - Pour que tu sois malheureuse ! (...)
STAPHYLA - Que les dieux me poussent au suicide, plutôt que d'être ton esclave dans ces conditions !
EUCLION - Mais voyez comme la scélérate murmure entre ses dents ! Par Hercule, je t'arracherai ces yeux maudits, coquine ! (...)


Acte I, scène 4
Euclion, Strobile

EUCLION - Sors de là, ver de terre, qui rampais là, en douce, à mes pieds, sans te montrer ! Maintenant que tu te montres, tu es un homme mort ! Par Pollux, l'ensorceleur, je vais t'arranger de la belle manière !
STROBILE - Quel tourment t'agite ? Qu'ai-je à faire avec toi, vieillard ? (...) Non, par Hercule, je le jure, je n'ai rien pris ni rien touché.
EUCLION - Montre-moi tes mains.
STROBILE - Hé bien, je te les montre : les voici.
EUCLION - Je vois. Allez, montre-moi la troisième.
STROBILE - Fantômes, fantasmes, et idées folles tourmentent ce vieillard. (...)
EUCLION - Tu n'aurais rien sous ta tunique ?
STROBILE - Tâte où tu veux. (...)


Molière s'est donc inspiré de ces deux scènes, pour créer la scène 3 de l'acte I :

Acte I, scène 3,
Harpagon, La Flèche

      Harpagon - Hors d'ici tout à l'heure, et qu'on ne réplique pas ! Allons, que l'on détale de chez moi, maître juré filou, vrai gibier de potence !
      La Flèche, à part - Je n'ai jamais rien vu de si méchant que ce maudit vieillard et je pense, sauf correction, qu'il a le diable au corps.
      Harpagon - Tu murmures entre tes dents ?
      La Flèche - Pourquoi me chassez-vous ?
      Harpagon - C'est bien à toi, pendard, à me demander des raisons ! Sors vite, que je ne t'assomme.
      La Flèche - Qu'est-ce que je vous ai fait ?
      Harpagon - Tu m'as fait, que je veux que tu sortes.
      La Flèche - Mon maître, votre fils, m'a donné ordre de l'attendre.
      Harpagon - Va-t'en l'attendre dans la rue, et ne sois point dans ma maison, planté tout droit comme un piquet, à observer ce qui se passe et faire ton profit de tout. Je ne veux point avoir sans cesse devant moi un espion de mes affaires, un traître dont les yeux maudits assiègent toutes mes actions, dévorent ce que je possède, et furettent de tous côtés pour voir s'il n'y a rien à voler. (...) Sors d'ici, encore une fois.
      La Flèche - Hé bien, je sors.
      Harpagon - Attends. Ne m'emportes-tu rien ?
      La Flèche - Que vous emporterais-je ?
      Harpagon - Viens çà, que je voie. Montre-moi tes mains.
      La Flèche - Les voilà.
      Harpagon - Les autres.
      La Flèche - Les autres ?
      Harpagon - Oui.
      La Flèche - Les voilà. (...)
      Harpagon - Allons, rends-le-moi sans te fouiller.
      La Flèche - Quoi ?
      Harpagon - Ce que tu m'as pris.
      La Flèche - Je ne vous ai rien pris du tout. (...)

Molière (1622 - 1673)


Molière et La Fontaine se sont donc bien inspirés de deux auteurs latins mais ils ont néanmoins modifié et enrichi les textes-modèles en opérant une véritable re-création.

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Cette page a été réalisée par Claire, Frédérique et Virginie en mai 2002.